Adjani, les vaccins, les médias et la théorie de la relativité

Nous vivons une époque formidable ! Une artiste médiatique a un avis qu’il faut écouter et suivre, quel que soit le domaine. A propos de la vaccination, Mme Adjani déclare que « c’est un crime contre l’immunité qui, probablement, dans les vingt, trente, quarante, cinquante prochaines années sera appelé un crime contre l’humanité ». Elle parle d’expérience : n=2 enfants brandis comme une preuve irréfutable à mettre sur le même plan que les milliers d’enfants vaccinés et chez lesquels polio, tétanos, rougeole, etc. ne sont plus un souci. Mme Adjani manque d’honnêteté élémentaire en insistant sur cet enfant qui est mort après vaccination en Suisse, omettant de dire qu’il était atteint de leucémie sévère avec traitement de chimio lourd, ce qui affaiblit son système immunitaire et donc facilite et aggrave toute contamination. Mme Adjani aurait pu citer l’adolescente marseillaise non vaccinée qui est morte récemment de la rougeole. Elle cite avec bravoure ses références « scientifiques » : un vétérinaire qui s’occupe de chevaux (E. Ancelet) et adepte de théories fumeuses –la biologie totale avec une correspondance entre chaque organe, le cerveau et une maladie. Cet expert est auteur d’un texte accusant Pasteur d’être -ou plutôt d’avoir été- mégalomane et pitoyable, responsable de crimes contre l’humanité. Poursuivant ses harangues, Mme Adjani dénigre un Alain Fischer qui a réussi les premiers essais de thérapie génique et dont on ne peut contester les compétences sous prétexte qu’il a reçu un prix de Sanofi et est donc par définition vendu à l’industrie pharmaceutique. Au passage, l’avis des sociétés savantes est ignoré et semble ne pas peser devant les certitudes de madame l’artiste.

On croit rêver devant autant d’ignorance, de suffisance et de médiocrité. Mme Adjani devrait aller consoler cet enfant qui est entre la vie et le mort après avoir été mordu par un chien enragé, alors que le vaccin antirabique administré avant ou après la morsure prévient ces effets. Elle aurait dû vivre en 1918-19 quand la grippe espagnole a tué plus de personnes que la 1ère guerre mondiale, notamment en Europe. Les méga-épidémies n’ont pas disparues de nos contrées grâce à l’homéopathie ou à l’eau de Lourdes, notre espérance de vie a augmenté car nombre des maladies à l’époque incurable ont été éliminées de nos contrées grâce à l’hygiène et aux vaccins. En Europe, 1 500 cas de rougeole ont été recensés en janvier et février derniers, selon le Centre de prévention et de contrôle des maladies. Soit deux fois plus que l’année dernière à la même période.

Mme Adjani affirme avec culot que chez nos voisins, aucun vaccin n’est obligatoire. Il faudrait être un peu plus juste dans ces affirmations. En Italie, le gouvernement a adopté le 19 mai un décret-loi, qui doit être confirmé par le Parlement dans les trois mois, rendant 12 vaccins obligatoires pour inscrire les enfants à l’école (rougeole, polio, tétanos, diphtérie, hépatite B, rubéole, oreillons, coqueluche, varicelle, haemophilus influenzae de type B, méningites B et C). Jusqu’à 6 ans, ces vaccins seront obligatoires pour l’inscription à la crèche ou à la maternelle. En Allemagne, les vaccins ne sont pas obligatoires mais depuis 2015, la loi prévoit que les parents qui refusent systématiquement de faire vacciner leurs enfants peuvent écoper d’une amende de 2.500 euros. En Suède, plus de 96% des parents font vacciner leurs enfants, ce chiffre proche de la moyenne française est stable depuis des décennies. La non-obligation dans ces pays correspond plus à une philosophie de respecter des règles même quand elles ne sont pas obligatoires qu’à une méfiance vis à vis de la vaccination.

Le pire dans cette histoire est qu’une personnalité médiatique a un avis avéré sur tout : nul besoin de faire des études, acquérir de l’expérience dans la compréhension et le traitement de maladies, non, Madame sait, jouer au théâtre ou au cinéma suffit. On pourrait aussi lui demander si elle confirme la théorie de la relativité, le

pauvre Einstein aimerait être rassuré dans sa tombe.

L’époque est aux charlatans, aux parleurs médiatiques, la compétence n’est plus requise. Cette situation est un reflet de la perte générale de confiance en la science et le progrès, remplacés par l’ignorance, les prophéties, les « y a qu’à », avec son cortège de reculs et de déni de la réalité. Il s’agit d’une forme de religiosité obscurantiste qui malheureusement ne va pas s’amenuiser car bien dans l’air du temps. Les médias qui ne vivent que par des scoops ont un rôle majeur dans cette situation. Il serait bon que l’on invite des personnes qui savent de quoi elles parlent plutôt que des marchandes de soupe et que les journalistes aient un minimum de connaissances pour ne pas se laisser berner par ces charlatans.

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