Pourquoi est-ce si difficile de réformer la recherche scientifique ?

Dans un article rafraîchissant, un scientifique américain propose une série de modifications pour améliorer le fonctionnement du National Institute of Health (NIH), une des principales institutions de recherche scientifique aux US. Malgré les différences d’organisation de la science aux US et en Europe, il est intéressant de noter la similarité dans les critiques du fonctionnement de la recherche des deux côtés de l’Atlantique. L’auteur souligne plusieurs problèmes fondamentaux. En premier lieu, les promesses -faites de façon systématique- de recherches censées guérir des maladies neurologiques et psychiatriques finissent par ne tromper personne. C’est dans l’air du temps et même quand c’est est totalement superficiel, les auteurs exagèrent les possibles retombées. En effet, aujourd’hui, pour être financé, il faut prétendre proposer des pistes de guérison dans des travaux qui n’ont que peu à voir avec ces buts. Les articles, comme les demandes de subvention, sont largement organisés autour de l’idée que des recherches appliquées vont permettre de résoudre ces fléaux. Ces préférences aboutissent à des travaux qui n’ont ni concept ni approche pouvant de façon raisonnable prétendre aboutir à des avancées significatives dans des traitements nouveaux.

En second lieu, des scientifiques même jeunes passent la plus grande partie de leur temps à chercher des financements pour leurs recherches – le regretté André Brahic disait en exagérant à peine que « la moitié des chercheurs passent leur temps à écrire des articles que l’autre moitié passe son temps à les évaluer ». D’où un gaspillage de temps et de moyens et surtout peu de temps pour réfléchir et innover. Le résultat est qu’aux US, encore plus qu’en Europe, des tas d’équipes font à peu près la même chose car c’est dans l’air du temps et à la mode. D’où l’importance de faire des travaux « bottom up » et pas l’inverse, en se libérant du carcan des modes –en ce moment la génétique, le Big Data et les modèles mathématiques- et en privilégiant une approche combinant la compréhension du fonctionnement normal avec celui plus pathologique. Faire des « grands projets » comme l’Alzheimer de Sarkozy ne va pas dans la bonne direction car il s’agit d’injecter des moyens importants dans une communauté qui va utiliser cette avalanche de moyens pour faire ce qui a été fait jusqu’ici sans prendre de risque. Enfin, l’auteur souligne l’importance de se baser sur les personnes et pas les projets. Quand l’ERC –l’Excellence Européenne- demande de suivre à la lettre un projet financé et de trouver ce qui était attendu, l’approche est très exactement ce qu’il ne faut pas faire. Sur ce plan, avec l’ANR, on fait bien mieux -avec des évaluations qui dépassent l’entendement et des financements qui permettre au mieux de subsister. Les pépites sont dans les chemins de traverses et non sur les autoroutes. L’auteur propose que des chercheurs ayant fait leurs preuves déposent des projets de quelques lignes disant à peu près ceci: « j’ai découvert X/Y, et souhaite travailler dans cette direction globale, je ne suis pas sûr que cela va aboutir mais dans les 5 ans qui viennent avec ces moyens, je vais essayer de travailler dans des directions qui ont été peu abordées et infléchir mes recherches dans cette direction. Imaginez ce qu’un bon chercheur qui change de direction peut faire avec ce degré de liberté ! In fine, comme dans les boîtes de biotechnologie, si une partie de ces chercheurs fait des découvertes, ils auront largement compensé l’investissement. Malheureusement, les politiques qui ont en vue un horizon politique de quelques années n’arrivent le plus souvent pas à saisir le temps de la recherche qui est long et sinueux. Et ce problème ne connaît pas de frontières.

Michael Rosbash, Five suggestions for substantial NIH reforms. Elife 2017

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