Des travaux effectués par le regretté Paul Patterson (Université de Californie) avait montré que l’incidence de l’autisme augmentait dans la population après des larges épidémies d’infections virales. Utilisant des modèles animaux, il montrait que l’infection d’une souris gestante avec un virus de l’influenza, il provoquait un syndrome autistique et de schizophrénie – avec toutes les limites de ce que ces évaluations comportementales peuvent dire. Patterson et ses collègues montrent ensuite que ce n’est pas le virus qui est la cause directe intracérébrale des déficiences – car on ne trouve pas trace du virus dans le cerveau- mais de ses effets périphériques au travers de l’inflammation qu’elle provoque avec la libération de facteurs inflammatoires (Shi et al. 2003)(Shi, Tu, and Patterson 2005). L’infection virale produisant une cascade de séquelles qui vont aboutir à un syndrome pathologique bien plus tard.
Ces résultats ont été validés dans d’autres situations expérimentales dans lesquelles une inflammation intra-utérine produite notamment par l’administration à une souris gestante de produits qui activent le système immunitaire se traduisent par les mèmes conséquences. Chez la souris qui vient de naitre, on observe des difficultés de sociabilisation et des réactions de stress caractéristiques et des réponses paradoxales à des agents antipsychotiques comme la clozapine ou la chlorpromazine.
Ces résultats ont été reproduits chez des singes rhésus. L’administration de produits inflammatoires et l’activation précoce du système immunitaire produisent des comportements anormaux répétitifs, des interactions sociales altérées, et autres modifications sociétales semblables à celles d’enfants autistes.
Ces travaux et d’autres suggèrent que l’activation précoce du système immunitaire par l’infection facilite le développement de nombreuses maladies y compris dégénératives comme les maladies de Parkinson ou d’Alzheimer mais aussi les épilepsies infantiles et tardives illustrant l’importance et les effets à long terme d’évènements pathologiques précoces (Knuesel et al. 2014). Clairement, la distinction entre maladies neurodéveloppementales et neurodégénératives devrait être revue. C’est encore et toujours au niveau de la maturation cérébrale in utero qu’il convient de chercher les origines. Certes, nous sommes loin de comprendre comment et surtout pourquoi des délais aussi longs séparent parfois l’événement inaugural précède les manifestations délétères et l’enchainement des cascades de processus qui altèrent de façon persistante la maturation. Reste que si l’on veut comprendre et traiter des maladies cérébrales, il va falloir mieux comprendre ces enchainements et réfléchir à long terme plutôt que par des relations fixes et déterminées générées par un événement pathologique qu’il qu’il soit. La dynamique des réseaux neuronaux qui réagissent à tout événement pathologique par une « plasticité réactive » avec la création de nouvelles connections synaptiques interdit ces raisonnements rigides.
Knuesel, Irene, Laurie Chicha, Markus Britschgi, Scott A Schobel, Michael Bodmer, Jessica A Hellings, Stephen Toovey, and P Eric. 2014. “Maternal Immune Activation and Abnormal Brain Development across CNS Disorders.” Nature Publishing Group 10 (11): 643–60. https://doi.org/10.1038/nrneurol.2014.187.
Shi, Limin, S. Hossein Fatemi, Robert W. Sidwell, and Paul H. Patterson. 2003. “Maternal Influenza Infection Causes Marked Behavioral and Pharmacological Changes in the Offspring.” Journal of Neuroscience. https://doi.org/10.1523/jneurosci.23-01-00297.2003.
Shi, Limin, Nora Tu, and Paul H. Patterson. 2005. “Maternal Influenza Infection Is Likely to Alter Fetal Brain Development Indirectly: The Virus Is Not Detected in the Fetus.” International Journal of Developmental Neuroscience. https://doi.org/10.1016/j.ijdevneu.2004.05.005.
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