Dans mes articles précédents, j’avais discuté des limites de la génétique pour expliquer l’autisme et de l’importance de facteurs environnementaux et notamment les pesticides pendant la grossesse. Ensuite, j’avais abordé le problème complexe de l’épigénétique, et la régulation par l’environnement de l’activation ou l’inactivation de gènes, modulation essentielle qui n’implique pas de changements de la séquence du DNA – un contrôle « non séquencique » selon la définition de mon collègue et ami le Professeur Etienne Danchin dont le livre sur ce sujet est fortement recommandé (voir en annexe). Il y a en fait des centaines de paramètres qui impactent la maturation cérébrale et la maternité avec comme conséquence souvent un syndrome autistique ou d’autres syndromes neurodéveloppementaux. Ici, je discute brièvement du microbiote.
L’histoire commence avec une chercheuse ayant un enfant autiste (Dr Ellen Bolte). Elle se demande si son enfant n’a pas de problèmes de microbiotes ; il faut dire que les enfants autistes ont souvent des problèmes de transit intestinal. Du coup, elle essaie un antibiotique (la vancomycine qui agit sur le clostridium), qui a des effets pendant quelques semaines mais tout revient ensuite à la situation ante. Depuis de nombreux travaux ont testé souvent avec succès des suppléments probiotiques. Mieux, des techniques de transplantation de microbiote sain chez des rongeurs et des humains ont été testées avec des résultats positifs. Ainsi, la transplantation de microbiote d’un patient autiste à des souris (sans germes, n’ayant pas de microbiote) génère un syndrome « autistique ». De même, la transplantation d’un microbiote d’une personne neurotypique à un autiste atténue son syndrome.
Sachant que le microbiote est composé de milliards de souches différentes de bactéries, on s’achemine vers l’identification de souches particulièrement nocives. Cette approche malgré ses succès, souffre de 2 handicaps majeurs :
- L’hétérogénéité des syndromes et des bactéries impliquées rend difficile voire improbable l’identification d’un type de facteur universel. Il faudra probablement personnaliser les recherches de ces facteurs rendant difficile son usage dans un cadre général et universel ;
- Il est fort peu probable que les pharmas investissent des millions afin de valider des tests finalement peu rentables rendant difficile la généralisation de cette approche. En effet, des tests pilotes ne se basant pas sur de larges cohortes et une phase 3 double aveugle randomisée n’aura pas l’agrément des autorités.
Reste que ce facteur avec les nombreux autres facteurs explique à la fois la difficulté de traiter l’autisme et challengent le déterminisme génétique en vogue depuis des décennies. Le contrôle accru de la maternité et des bébés pendant les premiers mois reste l’approche la plus cohérente.




