Le PDG du CNRS devrait relire Darwin

Dans un discours pour fêter le 80ème anniversaire du CNRS, en présence du Président de la République, le PDG du CNRS appelle de ses vœux une réforme « inégalitaire et Darwinienne » de la recherche et de son financement. L’idée sous-jacente est que seule la compétition acharnée entre les chercheurs peut permettre les découvertes de demain, la compétition pour la survie étant le moteur principal de cet darwinisme social appelé de ses vœux par le PDG. Dans une tribune publiée par Le Monde le 6 décembre 2019, une série d’experts autour de Pierre-Henri Gouyon rappelle au PDG que cette comparaison est absurde car la recherche scientifique, contrairement à la sélection naturelle, ne travaille pas par hasard partant de traits héritables qui confèrent des avantages à certains individus, mais se base sur des hypothèses de travail qui sont testées par les chercheurs. La science n’est pas œuvre de compétition mais de coopération, attestée par d’innombrables succès, comme par exemple les ondes gravitationnelles, le CERN, sans parler de biologie et médecine avec les grands collaborations requises pour exploiter les cartes du génome, les études épidémiologiques et l’utilisation des nouvelles technologies au service du développement de nouveaux traitements).

Un aspect important de l’incompréhension de Darwin par notre PDG est que la notion centrale de la théorie Darwinienne n’est pas la lutte pour la survie mais la richesse d’essais de mère Nature qui fabrique par mutations génétiques une pléthore d’espèces dont quelques-une résistent à la pression de sélection. Cela est amplement démontré par l’histoire de l’évolution et la disparition des espèces : les fosses de Burgess comme celles en Chine et ailleurs illustrent l’incroyable diversité des espèces disparues. En d’autres termes, essai et erreur, diversité et ensuite sélection naturelle par la pression de ajustement par les pressions de l’environnement et la rareté des ressources. L’application de cette logique à la recherche scientifique implique une grande diversité de programmes qui ne sont pas définis par les modes du moment. Or le financement de la recherche opère par une sélection au départ de projets considérés porteurs -excellents, le mot le plus souvent utilisé par le PDG comme les autres responsables des organismes de recherche. Le financement de la science doit se faire en prenant des risques et en laissant aux chercheurs la liberté d’entreprendre , tout le contraire du financement sur projets de la recherche. Prise de risque, sortie des sentiers battus, et surtout liberté de chercher conditionnent le succès de la recherche, bref tout le contraire de la politique de financement suivie par le présent gouvernement comme d’ailleurs ses précédents (à l’exception des années De Gaulle et les premières années Mitterrand).

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