La nouvelle église du trans-humanisme

Dans quel monde vivons-nous ? Nous croyions que le progrès des connaissances et des techniques nous conduirait enfin vers un mode plus raisonnable. Que l’extrémisme religieux finirait peut-être par perdre la partie. Or ce à quoi nous assistons aujourd’hui est un retour à l’époque d’avant des lumières, à une vision moyenâgeuse de la science et du savoir. Le trans-humanisme est une de ces manifestations qui nous promet d’éradiquer la mort, les maladies et fléaux qui ont décimé notre histoire. Le problème est qu’il s’agit sous un vocal moderne d’un retour aux vieilles badernes d’élixir de jouvence et de robots surgit de la guerre du futur. Regardons y de plus près.

Le trans-humanisme est une doctrine basée sur des prophéties et des promesses qui n’engagent comme tout un chacun sait que ceux qui y croient. Demain, nous vivrons indéfiniment ! Le bébé qui vivra 1000 ans serait d’ailleurs déjà né selon R Kurzweil et son apôtre français L Alexandre. Pourquoi et comment donc ? élémentaire mon cher Watson : nous pourrons détecter et guérir toutes les maladies grâce aux biotechnologies, à la génétique, à la bio-informatique et au Big Data. Comment ? Pour commencer, la robotique va permettre de réparer tous les organes défaillants et cela est à peu près la seule chose vraie dans ce mélange de mots savants. En effet, nous pouvons et nous pourrons de plus en plus remplacer et greffer des organes. Nous savons déjà permettre à un manchot d’activer un bras artificiel par la décision de le faire. Il est vrai aussi que la robotique a permis et va permettre des avancées majeures pour les traumatisés, les séquelles d’accident etc. C’est le côte pile de ces promesses et le côte face est bien plus dangereux et vide de contenu.

Ainsi, on nous annonce l’immortalité pour après-après demain . La courbe de recul de la mortalité infantile qui croît de façon régulière ne va pas s’arrêter en si beau chemin. Il n y a que les pessimistes pour ne pas réaliser l’immense potentialité de l’intelligence humaine pour prolonger à l’infini cette courbe. On sera immortel vers 2050 ! Le miracle se nomme NBIC (pour « Nano-technologies, bio-technologies-informatique et cognitique »). Notre chercheur intrépide annonce fièrement que le cancer sera vaincu en 2030 car à ce moment les machines/ordinateurs le permettront, la maladie d’Alzheimer suivra de peu. Nostradamus peut aller se rhabiller et avec lui tout les prophètes qui nécessitent une connaissance en alchimie pour les comprendre et qui de surcroît sont vagues dans leurs prophéties.

Autre miracle attendu, celui de la génétique qui va permettre de tout diagnostiquer et de tout guérir. Couplée aux Big Data, la médecine va subir une révolution, avec des médecins étant in fine un peu comme le terminal d’un ordinateur/serveur géant contrôlé bien entendu par les 3 grands (Google, Amazone, Apple). Fini les hôpitaux publics, fini la sécu, big brother va nous guérir.

Or, certes il y a des maladies d’origine génétique, mais malgré la mode dominante –et les dizaines de milliards investis et les génération de chercheurs biberonnés à l’approche génocentrique n’a pas permis des guérisons basés sur la génétique à quelques très rares maladies périphériques (immunitaire, sanguine etc)- l’écrasante majorité des maladies cérébrales qu’elles soient psychiatriques ou neurologiques n’est pas d’origine génétique. Et pour celles qui le sont, la thérapie génique -on met le bon gène et on est absous- n’est pas une solution car la maladie n’est pas due à la mutation directement mais aux modifications que la mutation produit. Ainsi, pour les maladies cérébrales, nous savons que la mutation qui intervient le plus souvent in utéro altère la construction et ce sont ces modifications qui sont la cause du syndrome. La thérapie génique –en tout cas des maladies cérébrales- s’apparente à une voiture qui entre dans le mur, détruisant le moteur suite a un pneu éclaté. Réparer le pneu sera d’une utilité relative. Plus graves sont les implications générales de cette vision.

Comme les maladies sont d’origine génétique, il suffira de les diagnostiquer, d’identifier la mutation responsable et puis l’eugénisme va éradiquer tout cela. La sélection darwinienne n’opère plus car nous avons adouci la rigueur de la sélection en nous organisant en société humaine solidaire et « la mortalité infantile s’est effondrée et beaucoup d’enfants survivent alors que dans le modèle Darwinien ils étaient condamnés ». Fort heureusement, la technologie va nous sauver ! Il ne s’agit ni de la médecine ni de la culture « mais du séquençage révolutionnaire de l’ADN du futur bébé qui va étendre le champ de l’eugénisme avec le dépistage précoce» et « la thérapie génique qui va corriger les mutations qui menacent notre fonctionnement cérébral ». Lire ce genre de « propositions » dans Le Monde en 2014  (chronique de Laurent Alexandre) fait froid. De plus, si l’on passe sur les aspects moraux -on croyait naïvement que l’eugénisme était passé de mode- reste l’antiscience. Comme la majorité des maladies cérébrales n’est pas d’origine génétique, comme le plus souvent la pénétrance est relative, on va avorter des bébés normaux. On oublie allègrement que nombre de ces bébés veulent vivre comme d’ailleurs leurs parents souvent. Et surtout, on passe sur le fait que sans la biodiversité, notre espèce disparaîtra. Une fois que toute l’espèce sera homogène et sans accrocs, nous serons bien plus vulnérable à toute agression virale, bactérienne etc

La question qui se pose est la suivante : pourquoi maintenant ? Qu’est ce qui fait que ces marchands de soupe sont au devant des médias, qu’on les écoute et que leurs « thèses » sont prises au sérieux ? Il y a une première explication à savoir que les patrons de Google/ Facebook/Amazon les financent et accueillent à bras ouverts des chercheurs –parfois excellents – afin de travailler sur l’immortalité –la leur. Mais au delà, il faut se poser la question du timing à la façon d’un Gramsci à savoir la lutte pour la domination des esprits qui précède toujours la domination tout court. Derrière tout cela il y a toujours des buts financiers ou pour dire les choses plus directement capitalistiques. In fine, ces thèses fumeuses ouvrent la voie à une médicine type Big Data que ces pouvoirs veulent installer sur les décombres des systèmes de santé publique tels que nous les connaissons. Demain, un malade ira voir son médecin qui sur la base de la collection des données des patients stockées sur des ordis, fera quasi automatiquement un diagnostique. Les médecins seront des employés de ces amazon de la médecine, fournissant bien entendu les médicaments que les patrons du réseau auront choisi en rapport avec les industries du médicament choisies par elles – un peu comme Uber ou Google choisissent les restaurant qu’il recommandent à partir de Google map etc. Il n’en reste pas moins que pour diagnostiquer une otite chez un enfant, il faut quand même à un moment regarder son oreille…que les diagnostiques sont souvent basés sur l’expertise du médecin. Mais le pire n’est jamais certain et comme la logique est têtue, on se rendra bien compte que tout cela ne marche pas mais on aura perdu beaucoup de temps et de souffrance mais l’histoire avance par bégaiement.

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