Dans un chapitre précédent, j’avais illustré comment les pesticides peuvent impacter la construction cérébrale et aboutir à de l’autisme. ici, avant de poursuivre la discussion de la longue liste de paramètres qui peuvent aboutir aux mêmes conséquences, je reviens sur les grands principes de la maturation cérébrale qui permettent de mieux comprendre comment ces facteurs interviennent et se traduisent pas des désordres développementaux.
Construire un cerveau avec son million de milliards de connections synaptiques n’est pas chose facile. L’idée générale est que cette construction n’est pas une simple succession de gènes qui dirigent chaque étape mais une interaction continue entre gènes et environnement. En effet, le cerveau en développement a des activités uniques qui lui sont propres et tout au long du processus elles modulent cette construction. Ainsi, chez toutes les espèces animales, y compris l’homme, dans le cerveau immature, la rétine répond à un flux lumineux par une « onde rétinienne » une longue réponse qui ne permet pas de voir et qui n’a aucun but sensoriel. Mais si on bloque cette activité in utero, le système visuel se développe mal suggérant que cette activité qui n’a pas de but sensoriel est cruciale pour le développement cérébral. De la même façon, chez un prématuré ou un bébé qui bouge, l’ordre ne vient souvent pas du cortex- comme chez nous- mais de la périphérie suggérant que cette activité a pour but d’informer le cerveau sur ses connections. De plus, quasiment toutes mes fonctions essentielles du développement cérébral sont modulées par des signaux de l’environnement interne et externe (cf image). Il en est ainsi de la division et prolifération cellulaire, de la migration, de la formation de synapses et de réseaux neuronaux. Gènes et environnement interagissent à toutes ces étapes.
En 2010, j’ai proposé avec mon collègue et ami le Pr. Nick Spitzer de Californie, le concept de « checkpoint ». Il est suggéré que des postes de contrôles vérifient à chaque étape que les connections sont correctes, une espèce de contrôle qualité. Un peu comme la construction d’un édifice, il y a un plan général mais ensuite la construction à proprement parler avec ses réunions de chantier et la vérification que tout se déroule comme prévu. Le plan général est celui des grandes lignes de construction, même en l’absence d’activité neuronale, les grandes structures du cerveau seront à leurs places mais elles ne seront pas fonctionnelles. Ce concept qui a été validé sur de nombreuses espèces animales, allant de la lamproie aux rongeurs est fondamental pour comprendre le processus et a des implications cliniques abondantes. IL permet de comprendre pourquoi tant de fonctions et de types d’évènements in utero peuvent impacter la construction et se traduire pas de l’autisme ou d’autres syndromes neurodéveloppementaux.
Dans mes chapitres suivants, je décrirai la liste des évènements impactant la maturation et qui sont liés à l’autisme notamment.




