Comme je l’ai écrit dans un post du blog précédent, les Troubles du Spectre Autistiques (TSAs) « naissent » in utéro comme nous l’avons démontré il y a 5 ans. Analysant à postériori par Machine Learning les données recueillies dans les maternités (plus de 150 paramètres non génétiques) nous pouvons identifier à la naissance quasiment la moitié des bébés qui seront autistes et tous ceux qui ne le seront pas (Caly et al. 2021). Ce projet Pelargos – en cours de validation dans 5-6 CHUs /maternités -est une 1ère mondiale et va permettre s’il est validé de commencer tôt les techniques comportementales qui sont d’autant plus efficaces qu’elles sont utilisées tôt : comprendre comment naît le syndrome.
La Maternité est un processus extrêmement vulnérable car comme cela a été expliqué à maintes reprises, il y a le cerveau de la mère et celui de son fétus qui ont des propriétés très différentes et des réponses à l’environnement et aux traitements différentes. Du coup, il devient important de déterminer quels facteurs risquent d’impacter le bon déroulement du processus avec des conséquences tardives notamment en termes de syndromes /maladies neurologiques et psychiatriques qui peuvent se manifester des années plus tard. De fait, on a pu identifier une bonne centaine de paramètres et de factures aggravant l’incidence de ces syndromes neurodéveloppementaux. Ici, nous discutons des pesticides et de la pollution et nous reviendrons sur d’autres paramètres dans les blogs suivants. Nous ne revenons pas ici sur la toxicité des pesticides – en tout cas pour une grande partie d’entre eux – sur les agriculteurs et la relation avec les cancers et la maladie de Parkinson.
Ainsi, dans un travail publié en 2014, Shelton et collaborateurs (Shelton et al. 2015) ont effectué une étude (“The Charge Study”) dans laquelle ils ont examiné dans les registres de l’état de Californie les applications de pesticides (dans les régistres de l’état) et leurs effets sur 970 participantes. IL s’agit de déterminer la relation possible entre être proche d’un champs de pesticides pendant la grossesse et l’incidence de TSAs, Désordres développementaux ou sans efefts (Neurotypiques). Il en ressort qu’environ un tiers des mamans vivaient proche d’un champs de pesticides. Ils ont comparé le poids des pesticides épandus (en pounds), la distance du champ (1.25, 1.5 et 1.75 km) et leurs relations avec l’autisme notamment. Il ressort que la proximité d’une champs ou sont épandus notamment des organophosphorés -en particulier- augmentent de 60% l’incidence d’autisme; chiffres qui sont plus importants quand l’exposition est pendant le 2ème ou 3ème trimestre de gestation et 2ème trimestre pour le champs de chlorpyrifos pendant le 2ème trimestre. Des enfnats dont la mère était proche d’épandange de pyrhetroides avaient plus de probabilité d’avoir un syndrome était augmentée surtout pendant la 3ème trimestre et peu avant la naissance. Il faut préciser que 100 millions de kg de pesticides environ sont épandus dans l’état de Califormie.
Dans une étude de même type, les auteurs mesurent les taux de dialkyl phosphate (DAP) metabolites de pesticides dans les urines d’enfants et montrent que sur 119 enfants, il y a une relation significative entre taux élevés de ces produits et un diagnostique de TDAH (MF Bouchard et al. 2013). D’autres travaux comparent les effets de combos de plusieurs pesticides sur un retard de QI chez des enfants de 7 ans étant né dans une maternité distante de moins de 1km (Coker et al. 2017). Il y a une baisse signficative du QI avec certains clusters de pesticides et moins d’autres. Une métanalyse sur 1056 publications permet de voir à la fois l’étendue des données mais aussi le shift d’approches plus statistiques à d’autres basées sur les mécanismes des effets des pesticides , l’activation de cascade de métabolites, l’activation de mutations génétiques etc.(Liu et al. 2026).
En fait, les données s’accumulent pour attirer l’attention des politiques sur les dangers en particulier pendant la grossesse et il est difficile de les revoir toutes dans un blog. Dans un résumé succinct d’un appel des principaux experts, il est dit
“Les enfants vivant dans les communautés rurales sont exposés à des facteurs environnementaux spécifiques, dont beaucoup peuvent avoir des conséquences néfastes à long terme sur leur santé. Les enfants sont particulièrement vulnérables à ces expositions en raison de leur interaction étroite avec l’environnement et de leur physiologie en plein développement. Les auteurs décrivent trois risques environnementaux en milieu rural : la fumée des poêles à bois, les contaminants présents dans l’eau de puits et les polluants agricoles. Les contaminants présents dans ces expositions ont, entre autres, des effets néfastes sur le système respiratoire, le développement neurologique, le système cardiométabolique et sont cancérigènes. Les auteurs recommandent aux pédiatres exerçant en milieu rural de dépister ces expositions environnementales et fournissent des outils et des ressources relatifs aux tests, à l’atténuation des risques et à la surveillance médicale”(Criswell et al. 2026).
Certes il s’agit de données épidémiologiques et donc discutables sur le plan mécanistique, reste qu’elles corroborent les observations montrant la vulnérabilité du cerveau en développement. Plutôt que d’ignorer ces travaux il conviendrait de faire plus de travaux de ce type, sachant que les temps ne sont pas au RV avec une agriculture industrielle considérée comme indispensable.
Reste la conclusion principale, pensez que le cerveau se développe sans interférences avec le milieu interne et externe et l’impact des “choses de la vie” est incompatible avec les connaissances que nous avons de la biologie du développement. Il va falloir accepter le fait que la simplification d’un phénomène complexe a ses limites. Il faut entériner le rôle majeur de l’environnement au travers de la cohorte de mécanismes fondamentaux qu’il impacte.
Sources :
- Coker, Eric, Robert Gunier, Asa Bradman, Kim Harley, Katherine Kogut, John Molitor, and Brenda Eskenazi. 2017. “Association between Pesticide Profiles Used on Agricultural Fields near Maternal Residences during Pregnancy and IQ at Age 7 Years.” https://doi.org/10.3390/ijerph14050506.
- Criswell, Rachel, Kelsey Gleason, Ahlam K Abuawad, Margaret R Karagas, Kathleen Grene, Ana M Mora, Brenda Eskenazi, et al. 2026. “HHS Public Access.” Pediatr Clin North America 72 (1): 65–83. https://doi.org/10.1016/j.pcl.2024.07.030.A.
- Liu, Qi, Xinchen Shu, Jiaxin Cao, Yixin Wang, Yuxin Liu, Feng Jiang, and Jin Shu. 2026. “Global Trends in Research on Environmental Chemical Exposure and Childhood Learning Disabilities : Insights from a Two ‑ Decade Bibliometric and Latent Dirichlet Allocation Analysis.”
- MF Bouchard, DC Bellinger, RO Wright, and MG Weisskopf. 2013. “NIH Public Access.” Pediatrics 125 (6). https://doi.org/10.1542/peds.2009-3058.ATTENTION.
- Shelton, Janie F., Estella M. Geraghty, Daniel J. Tancredi, Lora D. Delwiche, Rebecca J. Schmidt, Beate Ritz, Robin L. Hansen, and Irva Hertz-Picciotto. 2015. “Neurodevelopmental Disorders and Prenatal Residential Proximity to Agricultural Pesticides: The CHARGE Study.” Everyday Environmental Toxins: Childrens Exposure Risks 122 (10): 183–200. https://doi.org/10.1201/b18221.




