On classe et numérise tout aujourd’hui, y compris la science

Depuis quelques années, les universités sont classées en fonction de leurs publications, le nombre de prix Nobel travaillant en son sein etc. Comparer Harvard (>40Milliards de fonds, 14000 employés, mais seulement 23000 étudiants) à Aix Marseille Université, 72000000 € et 80000 étudiants, 8000 personnels) n’est pas évident. Certes Harvard a 42 prix Nobels en ce moment et 162 depuis le début, mais nombre d’entre eux ont été happé par l’attraction d’une université aussi prestigieuse et classée souvent meilleure au Monde. Ce classement est utilisé par les politiques pour considérer que la France va mieux ou pas et décider le financement alloué à L’Université.

Cette frénésie de classement s’est bien entendu généralisée aussi aux chercheurs. Ainsi Research Com, classe les chercheurs par discipline et en fonction de leur nombre de publication et surtout de citation, plus ce chiffre est élevé, mieux le chercheur est considéré comme ayant impacté le domaine scientifique qui lui est rattaché. A priori cela est logique. Reste qu’une publication technique va avoir énormément de citations par définition, et une publication fausse (avec ou sans rétractation) aussi réduisant l’impact des classements qui ici aussi sont utilisés par les commissions scientifiques pour recruter ou pas un candidat et avancer ou pas le grade d’un chercheur scientifique et d’un enseignant chercheur.

In fine ce qui compte c’est l’importance du concept ou de l’observation faite et le faut qu’elle a ou pas ouvert un champ de travaux nouveaux. Il me semble que ce n’st que comme cela qu’il est possible d’évaluer de façon sérieuse. Ainsi, Research com vient de me classer 3ème neuroscientifique français le plus cité et 211ème mondial  https://research.com/scientists-rankings/neuroscience –  dans l’édition 2025 du classement des meilleurs scientifiques dans le domaine des neurosciences. Dans ce cas, ce que j’apprécie, c’est le fait que mes deux articles les plus cités (plus de 62 000 citations au total) sont ceux qui sont effectivement liés à mes deux découvertes majeures, qui sont toujours valables et importantes car elles ont donné lieu à un grand nombre d’études novatrices :

1) la dissection des mécanismes de l’épilepsie temporale et ses implications pour la compréhension et le traitement de cette épilepsie (30 % des épilepsies) parmi les plus résistantes aux médicaments. Ma revue publiée en 1987 ! sur ce sujet est la 3ème publication la plus citée depuis que le classement des publications en épilepsie existe…

2) le changement développemental des effets du transmetteur GABA, qui inhibe les neurones adultes mais excite les neurones du cerveau immature à cause des modifications intracellulaires de chlore. Cela constitue un mécanisme fondamental de maturation cérébrale, le GABA exerçant un rôle trophique majeur pendant la construction du cerveau grâce à ses effets excitateurs. Cette règle a été conservée au cours de l’évolution et validée chez toutes les espèces animales et toutes les structures cérébrales, des insectes aux humains, et publié dans une douzaine de revues et des centaines d’articles de différentes équipes qui ont étudié ce phénomène. Une de mes revues publiée par Nature Reviews Neuroscience « Le changement développemental excitateur/inhibiteur du GABA : la nature de l’inné et de l’acquis » est beaucoup citée. Depuis, il s’est avéré que ce shift a lieu aussi dans de nombreuses pathologies comme s’il y avait un « retour en arrière vers l’immaturité » dans ces pathologies. Ces travaux ont donc aussi conduit aux différents traitements que nous et beaucoup d’autres équipes développons et en ce qui nous concerne les tumeurs cérébrales et l’autisme. Le concept fondamental de neuroarchéologie que j’ai développé en 2008 est une conséquence directe de ces études et concepts qui, combinés, ouvrent la voie à de nouveaux traitements. J’espère que le succès de nos essais à l’avenir conduira à une meilleure reconnaissance de l’importance d’avoir des concepts clairs pour comprendre, prédire et traiter les troubles cérébraux. En conclusion, ces classements n’ont de sens que lorsqu’il s’accompagne d’une « lecture de texte » et une traduction en nouveaux concepts et nouvelles pistes de recherches.

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