Organoïdes humains : la recherche de scoop va parfois dans le mur heureusement

Cela fait quelques années que les organoïdes humains, basés sur des cellules souches transformées en neurones puis cultivées in vitro et qui s’auto-organisent en amas d’ensembles neuronaux, font la une des gazettes. Aujourd’hui, on a enfin découvert la préparation qui va permettre de mimer in vitro le développement du cerveau humain, ses pathologies, la fabrication de nouveaux traitements des grands fléaux comme Alzheimer, Parkinson, autisme… Et pourquoi pas comme l’ont suggéré certains re-créer des néandertaliens !

Le problème avec cette vision, c’est qu’elle fait fi de nos connaissances sur le développement du cerveau et la maturation progressive des maladies neurologiques et psychiatriques en voulant artificiellement et de façon arbitraire la réduire et la limiter en durée. On pourrait également parler de l’hétérogénéité de l’organisation des structures cérébrales qui ne sauraient se limiter à quelques neurones transformés choisis par hasard.

Doit-on rappeler que la maturation cérébrale obéit à une interaction complexe entre gènes et environnement, que quasiment tous les courants électriques comme les processus biologiques se déroulent selon une succession de phases étalées sur 9 mois afin de créer un organe hétérogène organisé autour de centaines de structures bien différenciées et de connections entre ces structures à la fois spécifiques et nombreuses ? Doit-on rappeler que les pathologies se développent souvent sur des années voire des décennies et pas en 2 ou 3 semaines ?

Dans un travail récent, Kriegstein et ses collègues (Nature, 2020) confirment avec brio l’inanité de ces prétentions. Comparant des cellules obtenues à différents stades du développement embryonnaire et de différentes régions cérébrales à ces organoïdes, les auteurs montrent des divergences majeures, notamment sur le type de gènes exprimés dans ces deux conditions, des gènes majeurs étant absents des organoïdes et d’autres -notamment de stress- exprimés de façon excessive dans cette préparation, soulignant l’absence de la séquence maturative d’expression de gènes dans les organoïdes et de l’hétérogénéité caractéristique des régions corticales.

Il reste toujours intéressant d’essayer de comprendre l’engouement des médias scientifiques et non scientifique pour le neuf et l’insolite, y compris et surtout quand il s’agit de manipulations de faible qualité sur le plan des contrôles et de l’excès de spéculations et de promesses sur le futur. Mais fort heureusement, les faits en science sont têtus, et l’inanité de ces promesses est établie. Il n’y a pas de miracle, pour comprendre le cerveau et le guérir, la simplification et les promesses ne suffiront pas. Chi va piano va sano et on pourrait paraphraser Shakespeare –Much ado about nothing !

Yehezkel Ben-Ari

Références: Bhaduri, A., Andrews, M. G., Leon, W. M., Jung, D., Shin, D., Allen, D., … & Pollen, A. A. (2020). Cell stress in cortical organoids impairs molecular subtype specification. Nature, 1-7.

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