Chez les autistes, éviter le contact visuel pourrait être plus que de la simple indifférence

Les personnes atteintes de troubles du spectre autistique ont souvent des difficultés à regarder les autres dans les yeux, sans que l’on sache exactement pourquoi. Ce qui pouvait être pris pour de l’indifférence pourrait en fait avoir une toute autre explication.

En effet, selon Nouchine Hadjikhani, cofondatrice de Neurochlore et directrice du Neurolimbic Research Laboratory à Harvard, qui a conduit cette nouvelle étude, les résultats montrent que « ce comportement est un moyen de diminuer une importante mais désagréable excitation résultant de la suractivation d’une partie spécifique du cerveau. »

Grâce à l’IRM fonctionnelle, l’équipe du Pr. Hadjikhani a observé quelles parties du cerveau s’activaient lors du maintien forcé du regard chez des participants souffrant de troubles du spectre autistique (TSA) et chez des participants contrôles. Ils ont ainsi pu démontrer que le réseau sous-cortical, constitué du colliculus supérieur, du noyau pulvinar du thalamus et de l’amygdale et qui est impliqué dans l’analyse rapide et automatique des visages, était plus actif chez les participants TSA que chez les contrôles.

Ce résultat va dans le sens de l’hypothèse d’un déséquilibre entre activation et inhibition du cerveau dans l’autisme. Ce déséquilibre serait à l’origine d’une excitation plus importante du réseau sous-cortical impliqué dans la perception des visages, ce qui entrainerait une réaction anormale aux contacts visuels et donc une aversion de ces contacts chez les personnes TSA.

Au-delà de la meilleure compréhension des mécanismes de ces troubles, ces résultats vont permettre d’améliorer la prise en charge de ces patients : forcer les enfants à soutenir le regard de quelqu’un d’autre pourrait créer de l’anxiété chez eux, tandis qu’une habituation plus lente pourrait leur permettre de surmonter cette sur réaction.

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Nouchine Hadjikhani a obtenu son doctorat de médecine à Lausanne, en Suisse, en 1995. Après un premier contrat postdoctoral à l’institut Karolinska (Suède), elle commence sa carrière à l’Harvard Medical School, à Boston. Elle est y actuellement Professeur Associé en Radiologie. Elle est également directrice du Neurolimbic Research Laboratory au Martinos Center for Biomedical Imaging (Boston), ainsi que Professeur invité au Gillberg Neuropsychiatry Center à Gothenburg (Suède). Elle a dirigé un laboratoire à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) durant 6 ans.

 

Pour en savoir plus :

Article : Nouchine Hadjikhani, Jakob Åsberg Johnels, Nicole R. Zürcher, Amandine Lassalle, Quentin Guillon, Loyse Hippolyte, Eva Billstedt, Noreen Ward, Eric Lemonnier, Christopher Gillberg. Look me in the eyes: constraining gaze in the eye-region provokes abnormally high subcortical activation in autism. Scientific Reports, 2017; 7 (1) DOI: 10.1038/s41598-017-03378-5

Site du laboratoire de Nouchine Hadjikhani : http://nmr.mgh.harvard.edu/nouchinelab

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