Sans la science, notre santé et survie trinquent !

Pour commencer petit rappel afin de me situer et au nom de quelle expérience je me base pour écrire/dire ce qui suis. On voit trop souvent à la télé des soi-disant experts en tout et rien souvent et le journaliste ne pose même pas la question évidente quelle est votre expérience qui vous permet de parler dans ce domaine. l’exemple de Laurent Alexandre fait partie de ces marchands de soupes, expert en IA et cancers habitué à la télé alors que son expérience se limite à des articles sur les mécanismes de l’érection chez le rongeur ! Il a même pr édit la fin du cancer dans un livre plein de raccourcis qui ont fondu comme beure au soleil.

Donc, je me présente. J’ai servi 4 décennies loyalement le CNRS puis l’INSERM, dirigé quelques-unes des plus importants centres de recherche partant de la succession du Professeur Minkowski à Port Royal (Paris) jusqu’à la création et la direction de l’INMED -un des plus grands centres de recherche en neurobiologie de l’INSERM à Mareille. Chemin faisant, avec plus de 500 articles scientifiques et >60000 citations, j’ai fait avec mes équipes des découvertes fondamentales sur la maturation cérébrale et différentes pathologies notamment l’autisme et les épilepsies qui ont été reconnues par des prix importants (cf plus bas). Ensuite, je suis passé de l’autre côté de la recherche en essayant de développer des traitements de syndromes/ maladies incurables avec un certain succès récent (voir mes articles dans mon blog).

En résumé, j’ai une certaine expérience de la recherche fondamentale et appliquée et bien entendu de leur financement.

Comme chercheur académique, j’ai déjà eu à m’affronter aux politiques qui considèrent depuis la nuit des temps la recherche comme un luxe voire une variable pouvant servir de combler les trous quand cela ne va pas. Il y a déjà 20 ans nous avions manifesté contre la suppression de postes de chercheurs, avec un succès partiel sachant qu’ils comme prévu ont trouvé la parade en créant l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) censée financer les « meilleurs » avec souvent des fifrelins et surtout donc le budget peut être raboté à vue sans avoir de mouvements de foules. Le résultat, on le connaît, comme le disait mon ami le regretté Astrophysicien André Brahic « la moitié des chercheurs passent leurs temps à écrire des demandes de subvention que l’autre moitié passe son temps à évaluer ».  En résumé, on fait tout pour que les chercheurs ne puissent pas travailler et ensuite il est plus facile de leur dire, « des chercheurs qui cherchent j’en connais, mais pas ceux qui trouvent ». Quand une équipe reçoit 200K€ sur 3 ou 4 ans -10-15% des demandes sont satisfaites- il peut difficilement en tout cas en biologie (les maths cela coute moins cher bien entendu) recruter un chercheur en cdd 2 ans. La conséquence est que les jeunes candidats chercheurs abandonnent le métier avec des conséquences que les politiques tous des clones de L’ENA ne peuvent pas comprendre. Je revoir un directeur de cabinet de Ministre venu me voir et me disant « vous coutez trop cher, nous pouvons facilement faire nos recherches ailleurs par exemple à Singapour ».  N’ayant pas d’inhibition frontale, je luis répondit tout net « d’accord et nos médecins iront aussi se former a Singapour et y resterons car là-bas les salaires sont meilleurs ». Quand il y a peut-être 2-3 députés ayant une expérience minimale en science, comment voulez-vous que l’importance de la recherche soit comprise et défendue ? Peut-être le point le plus important est celui qui concerne l’innovation-la vraie celle sui sort des clous et permet des avancées considérables dans nos vies. Songez que toutes ont germées dans des esprits qui ont quitté les autoroutes des dogmes pour s’aventurer dans les chemins buissonniers. Toute la physique, la relativité, les engins qui nous permettent de communiquer et de vivre plus longtemps avec les vaccins et les traitements révolutionnaires sont le produit d’esprits capables de transcender les connaissances et de les faire sortir d’échelle.  

En passant à l’autre côté du miroir, vers la recherche appliquée, on s’aperçoit que certains aspects sont aussi dominants. L’Innovation reste incomprise et les préférences vont vers le « sur » à savoir les techniques à la mode plutôt qu’une approche sortant des clous, risquée certes mais qui peut rapporter gros. Je me suis entendu dire dans une commission de financement de mes projets sur l’autisme « Mr le Professeur, nous voulons 9-10% de retour sur investissement /an ». j’ai répondu sans réfléchir « achetez-vous une pizzéria ».  Le seul avantage de l’approche privée est que ses souhaits sont clairs, retour sur investissement et donc faut trouver les conditions qui le permettent et arranger les molécules /traitements, investir dans ce qui va les rendre plus efficaces etc. Les choses sont claires. Sur ce plan, la recherche académique est plus dure plus asservie dans les mains de politiques qui ne comprennent pas visiblement que sans Science un pays ne pèse plus grand chose. 

Or toutes les études sont formelles. Le nombre des publications et leurs qualités sont directement liées au taux de financement ; même si des conservatismes amènent parfois les chercheurs surtout à ne pas sortir de leurs zones de confort. Mais, les investisseurs comme les pharmas savent bien que sans recherche académique, ils n’ont pas grand-chose à exploiter. Le continuum recherche fondamentale et appliquée est indispensable mais il faut que les 2 volets de ce travail soient correctement financés, faute de quoi tout s’assèche. Mes découvertes sur un possible traitement de l’autisme voire des tumeurs cérébrales ne viennent pas de nulle part mais de ma compréhension du fonctionnement de la maturation cérébrale et des activités électriques qui caractérisent les pathologies. Certes le passage d’un volet à l’autre n’est pas facile mais il ne peut se faire que sur des bases scientifiques expérimentales solides … et un esprit de challenge des dogmes !

Un rapport récent nous venant des US – ou Trump massacre la science avec une tronçonneuse à la Milei l’argentin, compare les avancées en traitement de cancers et les montants investis dans chaque type de cancer. Certes, la relation n’est pas linéaire mais elle est hautement significative. Regardez l’espérance de vie à 5 ans des cancers des seins, des poumons et du cerveau par exemple et leurs relations avec les investissements au NIH (l’agence principale de la recherche US). Les relations sont là parlantes. Messieurs/Dames les politiques qui nous gouvernaient, continuez à mettre la science et son financement comme une variable d’ajustement et l’espérance de vie des Français baisser ; remarquez cela résout peut-être votre souci de la réforme des retraites. La science coute et est imprévisible mais sans elle, on est certain d’être demain dans les pays de 3ème zone qui ne pèsent pas dans la compétition internationale et la qualité de vie.  

https://www.linkedin.com/posts/people-assume-more-funding-equals-more-survival-share-7487858348323885056-NA0i

Photo National Cancer Institute – Unsplash

Distinctions : Grand Prix de l’INSERM (2009), des fondations US et Européennes de l’épilepsie, DR Hon Causa de l’université de Liège, Prix gagna van Haeck du FNRS sde Belgique, Membre de l’académie européenne des sciences

Découvrez tous les sites de Yehezkel Ben-Ari/Discover all Yehezkel Ben-Ari websites

Le Blog de Ben-Ari
B&A Biomedical
B&A Oncomedical
Neurochlore
Portail Ben-Ari