Un texte Lumineux de Gideon Lévy- certainement le meilleur journaliste Israélien au fait de la politique interne et du soutien des US à Israël – mérite de le lire en entier car il préfigure la suite de ce conflit interminable avec ses massacres à Gaza, Liban etc. Clairement, cette brouille entre les 2 dirigeants est appelée à avoir des conséquences dramatiques pour Israël qui sans le soutien US ne peut pas mener ses conquêtes et ses guerres. D’autant que les Européens dont le courage n’est pas la vertu cardinale vont s’aligner et donc la situation du pays sera dure sur tous les plans économiques compris. La récente agression de Trump sur Meloni et surtout cette réponse directe avec un uppercut qui la laissé pantois reste dans les annales comme le type de réponse qui calme le comportement agressif du roi des US. Une des meilleures preuves de cette situation c’est que des milliardaires qui soutiennent Trum et Israël depuis des lustres comme M Adelson -veuve d’un magnat de Las Vegas- et fanatiquement pro-Israël « notre pays depuis 2000 ans et Jérusalem la capitale pour toujours des juifs » a publié une lettre au vitriol contre son (ex) ami Trump, signalant le début de l’abandon du soutien indéfectibles des milliardaires juifs US (2).
Ce texte est lumineux car venant d’un grand amoureux de son pays et en même temps un personnage avec une morale qui manque tant à leurs politiciens, il est à la fois content qu’en fin cela arrive et Israël va devoir se réveiller de ses rêves de conquêtes et dominations mais le prix sera lourd, tout en sachant qu’aucune paix dans la région n’est possible tant que le soutien des US à Israël est indéfectible.
« Voilà à quoi ressemble un rêve devenu réalité : un véritable cauchemar »
Parfois, les rêves deviennent réalité. Pendant des années, moi-même et d’autres « dinosaures » avons rêvé que la pression internationale et les sanctions constitueraient le dernier moyen de sortir de ce bourbier. Je savais que les Israéliens ne se réveilleraient jamais un matin en disant : « Mettons fin à tout cela : à l’occupation, à l’apartheid, à la domination d’un autre peuple – parce que c’est odieux. » Je savais que cela n’arriverait tout simplement pas. Je pensais que ce qui avait fait des merveilles contre le premier régime d’apartheid, celui d’Afrique du Sud – les sanctions, l’ostracisme et les boycotts internationaux qui avaient conduit à sa chute – fonctionnerait également bien contre le deuxième régime d’apartheid, celui pratiqué en Israël. Je savais également que la clé de tout changement dans l’attitude de la communauté internationale envers Israël se trouvait à Washington. Sans cela, il ne pourrait y avoir de pression internationale efficace sur Israël. Je rêvais d’un président américain éclairé et courageux, tel que Barack Obama, qui mettrait fin aux relations corrompues et faussées entre son pays et Israël. Je rêvais du moment où les Israéliens seraient contraints de reconnaître qu’il était impossible de continuer ainsi, avec une arrogance incroyable envers les États-Unis et un mépris flagrant pour le monde entier, sans en payer le prix. Ce moment est désormais en train de poindre. Ce n’est pas un président libéral, mais bien le plus obscurantiste de tous les présidents américains qui fait la leçon de morale à Israël, comme s’il était René Cassin, ce juriste juif français coauteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le vice-président, plus conservateur encore que le commandant en chef, lance des avertissements sans précédent. Leurs arguments sont évidents, leur logique solide : Il n’est pas nécessaire de raser un immeuble entier sous prétexte qu’un militant du Hezbollah pourrait s’y trouver ; il n’est pas judicieux de s’en prendre au président américain, le dernier ami d’Israël dans le monde ; la Syrie ferait un meilleur travail au Liban qu’Israël ; les deux tiers des armes et des munitions qui protègent Israël sont fabriquées et financées par les États-Unis : voilà la voix de la raison venue de Washington.
Il est raisonnable de supposer que ces paroles sévères ne resteront pas au stade de la rhétorique ; elles seront suivies d’actions. Une administration aussi soucieuse d’elle-même et de son honneur ne va pas essuyer le
crachat sur son visage et prétendre qu’il pleut. Parallèlement au sentiment d’amertume, justifié ou non, lié au fait qu’Israël ait entraîné la superpuissance dans une guerre ratée, une nouvelle aube se lèvera sur les relations entre les deux pays – un matin froid et nuageux. Les élections américaines n’y changeront rien non plus. Il n’y aura plus d’« ami d’Israël » à la Maison Blanche, quelqu’un qui pense qu’il faut tout donner à Israël, sans condition.
Il est impossible de s’en réjouir. D’un côté, c’est la dernière chance de redresser la barre. De l’autre, c’est un coup dur pour Israël et les Israéliens. Le plus grand danger pour l’État, plus grand que n’importe quelle menace iranienne, prend forme sous nos yeux stupéfaits. Lorsque Washington donnera le signal, l’Europe se joindra elle aussi avec empressement. Elle n’attend que le signe. Il est difficile d’imaginer comment Israël pourra s’en sortir sans le monde. Le monde le détestera, comme il a détesté d’autres États parias. C’est effrayant et cela sera douloureux. Mais c’est notre dernier espoir.
C’est pourquoi il faut être reconnaissant envers le président américain Donald Trump d’avoir remplacé les paroles creuses prononcées par tous ses prédécesseurs libéraux et d’avoir opéré un changement révolutionnaire de politique. Fini l’aide insensée sans conditions, place à une condition attachée à chaque dollar et à chaque missile. Comportez-vous correctement ou payez le prix. Vous ne pouvez plus faire ce qui vous chante : assassiner, maltraiter, violer la souveraineté nationale et le droit international en toute impunité. Dans un tel climat, Israël ne pourra plus continuer à faire fi de la communauté internationale, pour laquelle il n’y a pas de question plus fédératrice que l’opposition à l’occupation.
Qu’il le veuille ou non, Israël devra en tenir compte. Les premières fissures sont déjà apparues, comme en témoigne l’accord conclu avec l’Iran en ignorant totalement Israël, qui a lui-même ignoré pendant des années les États-Unis et le monde entier. Ce n’est qu’un début : un monde horrifié par les agissements d’Israël dans la bande de Gaza exigera des comptes. Un État génocidaire ne peut plus être la coqueluche du monde occidental. Un État dont les citoyens se livrent quotidiennement à des pogroms, avec la complicité de son armée, n’aura pas sa place au sein de la communauté internationale. Le rêve commence à devenir réalité. Ce sera un cauchemar.
Gideon Lévy- le quotidien Haaretz
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