Un peu de lumières dans les ténèbres : conférence de Lea Ypi au Collège de France

Aujourd’hui les moments de plaisir se font rares avec la possession des médias par ceux qui en veulent aux démocraties et oublient les conséquences telles que nous les avons vécues il y a 80 ans… La mémoire humaine semble ainsi faite, entre 2 ou 3 générations, l’oubli domine et on refait les mêmes rêves de laisser un pouvoir ou un homme fort prendre pour nous les décisions. Comme l’écrivait de prison Gramsci dans les années trente, la domination politique est toujours précédée par la domination des esprits. Ce qui aujourd’hui plus que toujours passe par des médias qui peuvent façonner les esprits.  Pour ceux qui en doutent, allez voir comment les guerres et massacres ont été déclenchées un peu partout de ma Bosnie à la Palestine en passant par l’Ukraine avec la fascination des Russes à leur dictateur et celle en parallèle des Américains par le locataire bouffon de la maison Blanche.

Il est du coup d’autant plus agréable et rafraichissant d’entendre et lire la conférence au Collège de France de Léa Ypi, d’origine Albanaise, professeure au Londonc school of Economics qui explique avec d’élégance et d’esprit, l’importance des « Lumière » et de revenir au siècle des lumières en mettant de côté la « déraison » qui domine. En repensant le socialisme comme une « aspiration à la réalisation la plus complète de la liberté », concept-clé des Lumières.

Extraits » Nous vivons une époque troublante.Le président de la plus grande puissance militaire mondiale écrit au premier ministre d’un pays allié que, puisque son pays « a décidé de ne pas lui décerner le prix Nobel de la paix », il ne se sent plus « tenu de penser uniquement à la paix ». Un magnat de la technologie utilise sa plateforme pour soutenir des partis d’extrême droite qui encouragent le racisme et la violence contre les immigrants. Les courriels rendus publics d’un riche financier accusé de trafic sexuel révèlent un réseau mondial de corruption, d’abus de pouvoir et de manipulation de personnes vulnérables.

Existe-t-il un mot qui résume l’époque troublante dans laquelle nous vivons ? Je l’appellerais l’âge de la Déraison. L’âge de la Déraison est le contraire de l’âge de la Raison : l’effondrement des Lumières. Les Lumières, selon leur définition la plus célèbre, consistent en la sortie des êtres humains de l’état de tutelle dont ils sont eux-mêmes responsables. Aujourd’hui, cette dépendance à l’autorité prend de nouvelles formes : conformisme politique, emprise des influenceurs, délégation des décisions aux algorithmes.

Pourquoi la déraison persiste-t-elle ? Comment retrouver le courage de penser par nous-mêmes ? Telle sera ma question principale (…). Je vais appeler l’alternative que je propose, faute d’un meilleur terme, le « socialisme moral ». Ceux qui sont mal à l’aise avec le mot « socialisme » préféreront peut-être « égalitarisme libéral », « démocratie radicale » ou tout autre concept similaire. Le terme importe moins que le fond : ce qui compte, c’est que nous diagnostiquions les mêmes phénomènes et que nous regardions dans la même direction en vue du changement.

La racine du mot « capitalisme » est « capital » – une chose. La racine du mot « socialisme » est « social », du latin socius : « compagnon », « ami ». La moralité concerne avant tout les relations entre les personnes. Il y a donc quelque chose de problématique dans une société qui fait dépendre la relation des personnes de leur rapport aux choses. (…) Le capitalisme sape le concept de liberté qui est au cœur de la tradition des Lumières que j’essaie de faire revivre. (…) J’appelle « socialisme » la vision philosophique et politique qui, dans les circonstances du capitalisme mondialisé actuel, aspire à la réalisation la plus complète de la liberté.

Cette méthode critique ne se limite pas à décrire le monde, elle interroge les limites du savoir, la possibilité de transformation sociale, ouvrant ainsi des pistes pour repenser la capitalisme.  Le projet des Lumières dont nous pouvons être fiers est rejeté par la droite qui n’a de cesse de le détruire car le courage de penser par soi même -le coeur des Lumières- est une menance à l’autorité et ses méthodes normatives passant par les médias et la domination par l’IA de nos vis quotidiennes. les algorithmes invisibles remplacent la liberté de penser par penser comme les autres étant soumis aux mêmes techniques. Léa Ype revient sur cette réduction des confluts mondiaux à des “particularismes” culturels locaux ( les serbes et les bosniaques se sont tojours combattus etc). Alors, même qu’il s’agit d’un produite de l’expansion capitaliste.

Il faut revenir aux Lumières et à un “socialisme moral” basé sur des points clés. En premier, une vision universaliste, le repliement sur un projet état nation ou un socialisme dans un seul pays est illusoire car le capitalisme est un système mondial. “les relations d’exploitation dépassent les frontières et dépendent en fait de la segmentation du monde en unités politiques concurrentes. Un socialisme moral digne de ce nom doit donc avoir une portée cosmopolite, ne se préoccupant pas seulement des garanties à la liberté juste au sein des États existants, mais aussi de la transformation des structures mondiales qui déterminent qui a accès aux ressources, qui supporte les coûts de production et dont la liberté compte ».

La morale n’est pas un concept tabou comme la droite et une partie de la gauche le pensent, il est central pour créer un monde dans lequel les libertés seront réelles avec des institutions sociales organisées de façon à rendre impossible le fait de traiter les autres comme de simples moyens. Il s’agit in fine de tourner le projet des Lumières en un projet Politique.  Avis aux égos des politiques qui oublient ou ignorent les dangers qui nous guettent.   

Photo MoUnsplash

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