Quand la politique fait mauvais ménage avec la science : de Staline à Trump

La « politique » ne doit pas se mêler de la science, car quand elle le fait, que ce soit à travers de grandes priorités (comme le plan Alzheimer sous Sarkozy), elle ne permet pas d’avancer. En effet, par définition, la science, c’est le temps long et les grandes découvertes se produisent de façon imprévisible dans un milieu fécond. Quand Staline décide que Lyssenko va gérer la génétique selon les lois du socialisme ― une version étroite et fausse de Lamarck plutôt que Darwin ―, la science soviétique s’éteint et il faudra des générations pour qu’elle retrouve un peu de sa magnificence passée. Quand un président de la première puissance scientifique mondiale choisit une politique aberrante et erronée de la science, les conséquences seront les mêmes. Nommer un antivax et grand prêtre des fake news comme ministre de la Santé augure de lendemains « lyssenkiens ». Il commence par reprendre cette fausse relation entre vaccin et autisme, inventée par Wakefield et depuis rétractée car basée sur des résultats totalement arrangés. Ce « médecin qui a perdu son droit d’exercer » s’est réfugié aux États-Unis pour continuer à vendre de la camelote et des fake news. R. F. Kennedy continue en prônant l’huile de foie de morue pour traiter la rougeole, ce qui n’a rien de rassurant.

Quand on interdit, comme d’autres en 1933, des pans entiers de la science et qu’on interdit des livres (de La Servante écarlate à bientôt Shakespeare, sous prétexte de religion, de genres et d’autres théories fumeuses (le monde a été créé en 6 jours), le futur de cette grande puissance est clairement en danger. Le limogeage d’un grand nombre de scientifiques mondialement connus par un illuminé de famille pronazie et suprémaciste blanc en Afrique du Sud, qui ne pense qu’à envoyer des gens sur Mars, ne surprend guère quant aux conséquences. Les têtes pensantes derrière tout cela, les Vance et autres Thiel (le patron de PayPal, qu’il faudrait boycotter au même titre que Tesla), pensent à là Orwell et Goebbels. Il y a, du haut de la société, des personnes intelligentes, et, en bas, des esclaves qui doivent surtout ne pas penser, ne pas lire, et pour cela, interdire, puis brûler les livres, etc.

L’arrêt du financement des structures scientifiques mondialement connues et respectées constitue une catastrophe mondiale et un retour moyenâgeux de la connaissance, qui nie le fait fondamental qu’on ne peut agir efficacement sur un système que si on en comprend le fonctionnement profond. Toutes nos activités quotidiennes démontrent l’importance de la science, car aucun des instruments et des méthodes que nous utilisons dans tous les domaines d’activité n’aurait jamais vu le jour sans la connaissance qu’apporte la science. Que serait la médecine, par exemple, sans la science ? Finalement, il y a une continuité. Ce sont des personnages falots et médiocres qui prennent le gouvernail avec un seul but : y rester le plus longtemps possible, quitte à détruire l’environnement et le monde dans lequel vivront nos enfants. La décision de supprimer des zones protégées dans l’océan Pacifique et de les ouvrir à l’exploitation minière est une catastrophe écologique qui se paiera cash plus tard — quand Lui ne sera plus là.

La suite d’une telle politique est connue. La première place sera prise par la Chine qui, depuis longtemps, a compris que le progrès se fait par des investissements intelligents dans la science et la technologie plutôt que par des centaines de milliards investis dans des guerres incessantes depuis 80 ans ― la plupart d’entre elles étant d’ailleurs perdues.

Et l’Europe dans tout ça ? Il n’y a pas si longtemps, la neurologie était essentiellement franco-allemande avec les Broca, Wernicke, Déjerine, Bancaud, etc., et la science était largement européenne. La situation serait propice à reprendre notre place. Certes, la situation financière est mauvaise avec Poutine, et la défense revient à juste titre au premier plan. Mais mettre l’accent sur le long terme, l’écologie et la science est toujours un bon investissement pour nos enfants. Cela deviendrait possible, surtout si nos politiques comprennent que « fardeau bien partagé est plus léger » et que l’injustice sociale n’est pas qu’un problème moral, mais est aussi le gage d’un plus grand soutien de la nation, soutien qui devient très difficile à obtenir quand si peu tirent les bénéfices et ne font rien pour partager le fardeau. La réduction des inégalités rendrait le message de guerre bien plus supportable et compréhensible. Nous devrions également attirer des chercheurs talentueux des États-Unis ― nombreux sont ceux qui font leurs valises pour aller en Chine ― et investir dans les nouvelles technologies sans définir de méthode a priori ; les bonnes surprises viennent toujours de là, on ne s’y attend pas.

Photo de Darren Halstead sur Unsplash

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