Afin de mettre un médicament sur le marché, des essais cliniques sont nécessaires, qui aboutissent à un vaste essai dit de phase 3. Cela nécessite de recruter des milliers de patients et de comparer ceux qui reçoivent le traitement à un placebo. Il doit y avoir une différence statistiquement significative entre traité et placebo sur 1 critère appelé critère principal, ce qui implique que la plupart des patients traités répondent au traitement. Cependant, dans des syndromes complexes comme l’autisme, cela est pratiquement impossible en raison de l’hétérogénéité du syndrome et des symptômes cliniques. De plus, il arrive que des critères dits secondaires – des sous-ensembles de critères cliniques – soient positifs mais pas le critère principal qui est la moyenne de nombreux paramètres. Ainsi, les critères d’évaluation de l’autisme tels que SRS ou CAR comprennent des dizaines de sous-critères évaluant l’agitation, l’émotivité, les problèmes sensoriels, les interactions sociales, etc.
Étonnamment, il arrive souvent que la phase 3 finale échoue alors qu’un grand nombre d’essais de phase 2 réalisés sur un plus petit nombre de patients réussissent. Ainsi, une méta-analyse des données publiées a collecté les données de 9 essais de phase 2 réalisés en France (nos premiers essais publiés en 2012 et 2017), aux Pays-Bas, en Chine, en Égypte et en Tunisie confirment que Bumetanide (burinex). Il y a une amélioration significative chez 1 000 enfants des principaux symptômes de l’autisme, en particulier la communication sociale et l’agitation. Dans mon récent article, j’aborde les raisons possibles des résultats opposés des phases 2 et 3. À l’hétérogénéité intrinsèque des troubles neurodéveloppementaux et en particulier de l’autisme, s’ajoutent les paramètres psychiatriques complexes analysés pour déterminer le trouble et ses éventuelles conséquences. L’évaluation du succès en phase 3 repose sur un seul paramètre qui est en fait une moyenne de plusieurs paramètres (15-20 et plus), une amélioration d’un de ces sous-paramètres qui caractérise une sous-population d’enfants autistes sera inaperçu, remettant en question les exigences des autorités européennes et américaines et exigeant des exigences plus subtiles qui pourraient convenir à une sous-population d’enfants – mais cela est bien sûr moins favorablement accepté par l’industrie pharmaceutique. De ce fait, les laboratoires pharmaceutiques vont de plus en plus souvent aujourd’hui identifier d’abord les répondeurs, estimer les implications financières de cette utilisation limitée du traitement avant de se lancer dans une phase 3 très coûteuse. Enfin, cette approche ne répond en aucun cas à la situation où le traitement réduit la gravité du syndrome et surtout ignore le % de patients pour lesquels ce traitement est efficace. Cet article revient sur ce débat en prenant comme exemple l’autisme bien qu’il soit valable pour de nombreux troubles.




