Il n’y a pas de gène-spécifique de l’autisme, juste des gènes du cerveau !

Cela fait des décennies que l’on nous répète que les Troubles du Spectre Autistique (TSA) sont d’origine génétique, avec 15 % puis 25% puis peut-être que toutes les formes de TSA seraient d’origine génétique. Cette approche technique basée sur aucun concept lie directement une (ou plusieurs) mutations à une protéine et aux TSA. Or cette approche n’a abouti à aucun traitement même à des phases cliniques précoces et n’a pas vraiment permis de mieux comprendre les mécanismes biologiques à l’origine des TSA. La fascination pour l’approche « génocentrique » des maladies du système nerveux central est dû à sa facilité de compréhension par les politiques et le grand publique. Elle permet aussi d’éviter les sujets sensibles comme l’impact de l’environnement, le stress et autres facteurs agissant pendant la grossesse. De fait, des données fiables et répétées montrent l’impact de la pollution, du stress, de l’environnement et des atteintes bactériennes ou virales pendant la grossesse sur l’incidence des TSA. Nombre de ces atteintes activent des cascades notamment génétiques illustrant la difficulté d’attribuer le syndrome à un signal en particulier, il s’agit plus vraisemblablement d’une cascade de signaux, les mutations étant le signal le plus facilement identifié.  

L’article publié par les professeurs Ledbetter et Myers dans Spectrum, un site très lu par les experts de l’autisme et le grand public, illustre bien ce propos. Il n’y a pas de gènes spécifiques des TSA, car toutes ces mutations sont associées à d’autres syndromes allant de la déficience intellectuelle, les ADHD, des crises d’épilepsies, des désordres métaboliques etc. Du coup, s’il n’y a pas de gène unitaire spécifique de l’autisme, il n’y a pas non plus de réseau de neurones spécifique de l’autisme. Du coup, étudier une ou plusieurs mutations associées aux TSA ne va ni permettre de comprendre la cascade d’événement générant les TSA ni à fortiori de découvrir des nouveaux traitements. Le fait que ces mutations sont présentes in utéro va impacter la maturation cérébrale et c’est l’identification de cette cascade, et non l’événement pathologique initial (cf. la mutation génétique), qui va nous permettre d’avancer. Lier directement l‘événement génétique initial à la pathologie fait abstraction de cette phase cruciale. Le concept de Neuroarchéologie que j’ai proposé il y a maintenant plus de 12 ans suggère effectivement que le signal pathologique initial génère des réseaux de neurones qui demeurent dotés de priorités immatures et ce sont eux la cause finale des TSA quelque soit l’événement initiateur. Il devient possible du coup de les traiter à l’aide de molécules qui bloquent spécifiquement ces activités immatures. Se basant sur ce concept, nous avons pu traiter avec le Dr Lemonnier des centaines d’enfants dans des essais cliniques phase 2 réussis avec succès et une phase 3 finale mondiale approuvée par les autorités est en cours (http://autism-studies.com/).

En conclusion, les avancées technologiques stupéfiantes des dernières décennies ne vont pas se traduire en avancées thérapeutiques en tout cas s’agissant du cerveau sans avancée conceptuelle. Le cerveau est un organe très plastique et les évènements pathologiques qui surviennent pendant la maternité entrainent une série de modifications et ne pas en tenir compte rend impossible le développement de nouvelles thérapies de syndrome développementaux. Pour comprendre et traiter les TSA, il va falloir étudier la maternité y compris dans des modèles animaux afin de disséquer les mécanismes à l’œuvre dans ces modifications, identifier les réseaux impactés et les neurones restés immatures.

Yehezkel Ben-Ari CEO Neurochlore, Président de IBEN

Références :

  • Ledbetter D and Myers S. There are no autism-specific genes, just brain genes. Spectrum, the leading site for autism research news. March 23rd, 2021.
    https://www.spectrumnews.org/opinion/there-are-no-autism-specific-genes-just-brain-genes/
  • Ben-Ari, Y. Neuro-archaeology: pre-symptomatic architecture and signature of neurological disorders. Trends Neurosci. 31, (2008).
  • Lemonnier, E. et al. Effects of bumetanide on neurobehavioral function in children and adolescents with autism spectrum disorders. Transl. Psychiatry (2017).